Guingamp suite

 

Orgues antérieurs et évolutions

Petite histoire de l’orgue de Guingamp

De 1457 à 1865

Des orgues y sont attestées en 1457. Ce sont probablement ces orgues qui sont écrasées par l’effondrement de la tour sud-ouest en 1535.

 

Elles furent remplacées à une période inconnue et reconstruites à neuf en 1645-1647 par le facteur rouennais Honoré (ou Henri ?) VAIGNON connu dans le diocèse pour avoir été chargé à Tréguier de la facture des orgues de la cathédrale, en 1629, et de N-D. de Coatcolvezou en 1654 (église et cloître rasés après 1820) [A moins d’imaginer une dynastie de facteurs, il s’agit peut-être du facteur normand Henri VAIGNON qui livre les orgues de la cathédrale de Tréguier, le 14 mai 1632, moyennant le prix de 2 400 livres, et qui restaura les orgues de la cathédrale de Dol entre 1650 et 1654. Mais l’écart entre ces dates extrêmes peut faire penser qu’il s’agit d’une famille de facteurs dont le père serait Honoré et le fils Henri). Des documents d’archive précisent que l’instrumentde Guingamp fut acheminé par bateau de St-Malo à Tréguier, moyen de transport bien plus sûr et rapide que la route.

 

Deux documents relatifs au buffet des orgues de Guingamp (1645-1646)

Article et dessin sur le buffet originel Vaignon/ Fosset

 

Mais en 1695 l’instrument est en mauvais état. La plupart de ses jeux étaient alors inutilisables ou fort endommagés : “douze tuiaux ” du jeu de clairon “ ne partaient pas ”, dix “ tuiaux ” de celui de tierce “ altéraient ”, “ quatre touches ou tuiaux du cornet étaient discorts ”, etc. (Arch. 22, 20 G 90 et 95). L’ensemble fut rafistolé plus que réparé.

http://www.plenumorganum.org/histoire/ou-lon-decouvre/lorgue-a-guingamp/proces-verbal-de-visite-des-orgues-de-guingamp-1695/

 

Vingt ans après, les orgues sont à nouveau en indigence de réparation. Le facteur d’orgues INGANT de SAINTE-HONORINE établit le devis et assure la restauration de l’instrument. Le 10 septembre 1723, M. BIZIEN, “ prestre organiste ” de la cathédrale de Saint-Brieuc, est prié de venir vérifier l’ouvrage. Pour rendre les orgues parfaites et de toute évidence pour s’adapter aussi à l’esthétique musicale en vogue, les sieurs BIZIEN et de SAINTE-HONORINE estimèrent qu’il fallait ajouter deux jeux, “ le cromehorne et le larigot ”. La communauté accepta cette rallonge qui lui coûta plus de 250 livres.

 

Du XVIe siècle au moins jusqu’à 1865, les orgues étaient placées au bas de la nef. Déplacées en principe à titre provisoire dans la chapelle Saint-Jacques, pour faciliter la réfection des voûtes qui les surmontaient, elles y ont été maintenues.

 

De 1865 à 1976 : l’orgue Loret

 

 

 

La fabrique de la basilique commande un orgue au facteur belge Hippolyte Loret, conjointement avec l’arrivée du musicien et compositeur Pierre Thielemans, belge lui-aussi …

Composition prévue par Loret dans le contrat de 1863 :

Consulter le document original : Devis & contrat H.Loret-Guinganp projet de 1863

 

Le tableau ci-dessous montre une palette de jeux un peu plus étoffée et colorée que celle réalisée finalement en 1865 : c’est une composition romantique déjà, à la croisée du modèle français de Cavaillé-Coll et des influences germaniques et belges de l’époque.

Grand Orgue
(ut-Sol = 56 notes)
Positif expressif
(ut-sol = 56 notes)
Pédale
(Ut-Ré = 27 notes)
Bourdon 16'
Gambe 8'(Sousbasse 32' ,
prévue ultérieurement)
Montre 8'Voix céleste 8'Pas de tirasse mécanique : les touches de pédale tirent les basses du GO via des doubles soupapes)
Flûte pyramidale 8' (à C2) *Flûte harmonique 8'
Bourdon 8'Mélophone 4' * * *
PrestantFlûte pyramidale 4' *
Flûte octaviante 4'Quintadène 3'
Octavin harmonique 2'Flageolet 2'
Pleinjeu 5 rangsCornet de récit 5 rgs * *
Grand cornet 5 rangs * *
Basson-Hautbois 8'
(anches battantes)
Bombarde 16'
(anches battantes)
Cor anglais 8'
(anches battantes)
* flûte conique
Trompette 8'
(anches battantes)
* * (150 tuyaux soit 5 X 30 tuyaux
d'Ut 3 à Fa 5 soit de Ré 3 à Sol5)
Clairon 4'
(anches battantes)
* * * jeu de la famille des violes assez fort et très gambé
(autre jeu très proche : la fugara)
Appels anches GOAccouplement GO / POS
Appel Pleinjeu et CornetExpression & Trémolo au Positif

 

On sait qu’Hippolyte Loret avait comme livre de chevet le traité du facteur allemand Schlimbach édité en 1811, fortement imprégnée de l’orgue classique français du XVIII° via le traité de Dom Bedos « L’art du facteur d’orgue » (1766). Les facteurs allemands de l’époque intégrent et mélangent la tierce et les cornets à leurs pleinjeux et c’est là leur spécificité par rapport aux français.

 

On ne sera donc pas étonné de trouver dans ce contrat de 1863 une pédale de combinaison qui appelle-ensemble !- pleinjeu ET cornet (harmonisés vraisemblablement pour se marier au mieux), de même que 2 cornets, un « grand » au GO et un « de récit » .La « quintadène » – soit un quintaton de 2’2/3 , le mélophone (gambe sonnant fort) ainsi que les deux flûtes « pyramidales » – c’est à dire flûtes coniques – , appellation typiquement germanico-belge, sont là elles aussi pour dire le caractère allemand plus que français de l’art de Loret. La soubasse de 32 pieds prévue aurait rajouté encore un peu plus de « Gravität » (profondeur) au projet (et nous aurions eu ainsi le seul 32 pieds dans notre département ! (jusqu’en 1972, date de la restauration-transformation de l’ orgue de St-Quay-Portrieux par Renaud, qui comprend ce jeu).

La console H.Loret de ND du Finistere à Bruxelles (1856)

Ces jeux et mélanges un peu « exotiques » ont-ils été de nature à effrayer nos fabriciens guingampais ? Le projet initial était-il trop luxueux pour leurs finances ? Toujours est-il que l’instrument finalement réalisé en 1865 s’est vu un peu réduit et peut-être mieux correspondre aux attentes du goût français standard de l’époque. Nul doute que nous n’ayons perdu un instrument de grande valeur esthétique et historique avec la reconstruction néo-classique de 1976. Laurent Le Bot

 

Composition de l’orgue réalisée par H. LORET en 1865

Grand OrgueRécitpédale
Bourdon 16'Bourdon 8'Soubasse 16'
Montre 8'Flûte harmonique 8'
Flûte harmonique 8'Gambe 8'
Bourdon 8'Voix céleste 8'
Dulciane 8'Flûte douce 4'
Prestant 4'Fugara 4'
Octavin 2'Flageolet 2'
Grand cornet 5 rgsCornet de récit
Plein jeuTrompette harmonique 8'
Bombarde 16'Hautbois 8'
Trompette 8'
Clairon 4'

 

Le buffet

Lors de la restauration de 1865, le buffet fut réalisé selon les plans de Sigismond ROPARTZ (1823-1878) (père de Guy ROPARTZ (1864-1955) ). Celui-ci avait choisi d’y conserver quelques parties du précédent réalisé en 1646 par un artisan rennais, Jean FOSSET. Sa réalisation est confiée cette fois à l’atelier J. BELON et au sculpteur P. OGE. Ce buffet se présente aujourd’hui, sans modifications apparentes, tel qu’en 1865. L’état en est bon.

 

Evénements, anecdotes, légendes

 

A la tribune de l’orgue on peut encore lire l’inscription : “ Les orgues construites par M. LORET, facteur à Termonde (Belgique) ont été reçues par la fabrique, le 13 février 1865 ; MMrs ROBIN, chanoine, curé-doyen, de BOTMILLIAU, président, LE JOLLY, trésorier, LE CALVEZ, maire. Le buffet est en partie celui qui fut fait en 1646. Il a été restauré et complété sous la direction et d’après les plans de M. S. ROPARTZ, secrétaire de la fabrique, par M. J. BELON, menuisier, P. OGE, sculpteur et J.M. FOURNIS serrurier ”.

Les organistes guingampais étaient-ils trop payés ?

Les salaires des organistes guingampais au cours des XVIIe et XVIIIe siècles sont assez surprenants et paraissent indiquer un intérêt particulier manifesté par la ville pour la qualité de ses musiciens et de ses offices.

La « drôlatique » inauguration de l’orgue Loret à Guingamp ( 7 février 1865).

Une aventure à découvrir par ici.

 

 

Observation

Mise en valeur

Concerts occasionnels

Organistes (actuel et prédécesseurs)

1457 – Charles LEGAY. Il reçoit, le jour du pardon de Notre-Dame de 1457, 50 sous pour une demi-année de pension (Bibl. munic. Guingamp, 920 CC 36, comptes de 1457-1458).

 

1468 :

Jehan CHALLOYS. Dix ans plus tard, l’emploi d’organiste sera bien mieux rétribué, signe d’une prospérité croissante de la ville. En 1468, le procureur des bourgeois “ fist marchié o [avec] ugn nommé maistre Jehan CHALLOYS organiste de gouverner les orges (sic) de la grant esglise de Guingamp et aider au service pour et durant ugn an ” pour la somme de 7 livres 10 sous (Bibl. munic. Guingamp, 920 CC 37).

 

1625 :

Me François LE GARDIEN fut “ estably par Messieurs de la communauté à la conduite de la musique pour être chantée en l’esglise Nostre-Dame ”, mais on ne sait s’il tenait aussi l’orgue (Bibl. munic. Guingamp, 922 CC 41).

 

1626 :

Jean CHAMBRIN, “ musicien ”. Cette année-là, il est chargé “ tant du culte du service divin que de l’instruction de la jeunesse ”.

 

1627 :

François LE GARDUE, “ musicien en cette ville ” de Guingamp, est appelé à remplacer au pied levé l’organiste Jean CHAMBRIN.

 

1629 :

Julien CHOTARD, maître de musique de la ville, est gagé 36 livres par an “ pour faire chanter la musique en l’Eglise de Nostre-Dame et pour l’instruction de la jeunesse de l’école ”, en supplément de l’organiste titulaire (Bibl. munic. Guingamp, 922 CC 41). Ils ne semblent cependant pas être titulaires des orgues.

 

1629 :

Me Julien SCOLAN est en effet l’organiste titulaire reconnu en 1629 par la municipalité qui le dit “ musicien expert en son art ”.

 

1633 :

Le 6 novembre 1633, la restauration de l’orgue de Bégar achevée, Pierre CADRO, organiste de la cathédrale de Tréguier et Martin PELART, organiste de Notre-Dame de Guingamp, certifiaient la bonne exécution du travail.

En 1665, le sieur PELART (alias PELLARD), à l’occasion de la mort du duc de Vendôme, est prié d’assembler “ des musiciens de Tréguier ou d’ailleurs pour faire une musique réglée ”. L’année suivante, pour le service funèbre célébré lors du décès de la reine, c’est une musique de la ville que le sieur POLLART réunit. Il était d’ailleurs l’auteur de la musique exécutée lors de cet office.

 

1639 :

BARON et GIEN. Ces deux musiciens émargent en 1639 au budget de la paroisse Notre-Dame. Ils sont rétribués 24 livres pour le premier, 12 livres pour le second, sans que leur fonction soit mentionnée.

 

1639 :

Me Guillaume BOCON, est signalé comme organiste cette même année.

 

1679 :

Jean-Baptiste BELHOSTE. Il avait tellement enthousiasmé la ville par son talent qu’il obtient, en 1679, le titre d’organiste à perpétuité. Encore simple clerc tonsuré, mais bientôt prêtre, il s’abandonne à son humeur vagabonde et musicalement éclectique. Il se laisse aller parfois, lors des offices à toucher sur l’orgue certains “ airs d’opéra, menuets et danses ” à la mode, de telle sorte qu’il se trouva “ des personnes assez indécentes ” pour oser à l’église “ des pas de danse par conformité des airs qu’il touchait sur l’orgue, et plusieurs autres chantant les paroles sur les mêmes airs ”, au grand scandale des vicaires qui pour ces raisons, et pour bien d’autres (ses mœurs légères par exemple) lui intentèrent un procès en 1690. Cela valut à l’organiste d’être destitué. Le feuilleton judiciaire se poursuivit après la mort de BELHOSTE (en 1710 à l’âge de 57 ans) jusque vers 1745. La communauté de ville y perdit en dédommagements et frais divers la somme considérable de 10 000 livres.

Bibliographie : « Musicien en Province durant la période Baroque : le cas Belhoste« . Histoire de la Musique, Option XVIIIème siècle, Devoir de Recherche : Gwendal LE BRAS, Licence de Musique, Janvier 2000.

1858-1860

Jeanne Lindé

 

1865-1899 :

Pierre THIELEMANS, organiste et compositeur d’origine belge.

Éléments biographiques à propos de Pierre Thielemans

L’organiste était aussi chargé de l’accord de son instrument, comme l’indique ce reçu adressé à Thielemans :

 

1968-1980 :

Loïk Le Griguer.

 

Organiste actuel :

Jean-Cédric Salaün.

 

 

Sources documentaires

Bibliothèque municipale de Guingamp.

Archives paroissiales de Guingamp.

 

Bibliographie, discographie

H. CORBES, “ Les orgues du département des Côtes-du-Nord (Esquisse historique, Bulletins de la Société d’Emulation des Côtes-du-Nord, tomes XCIII (1965) et XCIV (1966).

Hervé LE GOFF, Les riches heures de Guingamp des origines à nos jours, éd. La Plomée, Guingamp, 2004.

Simone TOULET, “ La restauration de l’église Notre-Dame de Guingamp au XIXe siècle ”, Trégor Mémoire vivante, n° 4, juin 1993, n° 5, décembre 1593.

Simone TOULET, « Vivre à Guingamp au XIXe siècle », Association des Amis du Pays de Guingamp, avril 1991.

5 commentaires sur “Guingamp suite

  1. Bravo pour votre historique de l’orgue Loret. Je m’intéresse particulièrement à ce facteur qui a aussi construit en Mayenne l’orgue des Dames du Sacré-Cœur de Laval, transporté en 1904 à Launay-Villiers (53) à une lieue de la Bretagne. Cet orgue, installé au plus tard en 1862 est extraordinairement caractéristique de son auteur.
    Je signale aussi qu’il existe un enregistrement de l’orgue de Guingamp dans son état d’origine Loret par l’organiste Jef le Penven(improvisations sur des noëls morbihannais. Cet orgue sonnait magnifiquement, avec beaucoup de distinction. Bien amicalement, Jean-Yves Rublon

    • Bonjour Monsieur : heureux d’apprendre qu’il y a cet autre Loret (Hippolyte?) dans le grand ouest.

      Auriez-vous pu avoir entendu en direct l’orgue de Guingamp dans l’état Loret ?

      Concernant l’enregistrement de Jef Le Penven sur cet orgue, j’imagine qu’il s’agirait d’un vinyle Mouez Breiz?

      Sur youtube, on ne trouve de JlPenven qu’à St-Anne-d’Auray : si vous possédez ce disque, peut-être accepteriez-vous de

      le partager d’une façon ou d’une autre ?

      Organocordialement, LLB

      • Bonjour, je suis organiste sur Auray, le collège St François Xavier de Vannes (Morbihan) possède un bel instrument signé H Loret de 1874.Il est quasiment dans son état d’origine classé M-Historique.La chapelle de grande dimension offre une acoustique généreuse.Ses timbres sont très appréciés des concertistes.
        Cordialement Vincent Colin.

        P-S: Jef le Penven sur les Grandes Orgues de Ste Anne d’Auray sur You tube c’est moi sur ma page « Vincent Ograou »

        • Merci Monsieur Colin pour votre commentaire sur le Loret de Vannes : l’originalité tout à fait réussie de sa composition et de son harmonie nous fait d’autant plus regretter la perte irréparable de celui de Guingamp :( !

    • Bonjour,
      Merci de votre intérêt pour notre site.
      Nous connaissons votre long et très documenté article sur cet orgue Loret de Launay-Villiers, que vous avez fait paraître en 1999 dans « La Flûte Harmonique ».
      Dans les annexes, vous ne mentionez pas le Loret de Guingamp : avez-vous malgré tout quelque document sur cet orgue guingampais ?

      A vous lire.

      B. LE BAIL

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