Quelques notes sur le facteur Pierre TUAU.

Tuau et la facture d’orgue normande

L’orgue français  » standardisé » du XVII° siècle,

 

Au début du XVII° siècle, tous les instruments construits en France sont de facture « normande », elle-même issue de la tradition flamande. Cet art rayonne très vite dans tout le pays (mais plus tardivement en Provence) pour donner naissance à l’orgue français classique, qui prévaudra grosso modo jusqu’en 1840/1850. On assiste à la généralisation de ce modèle standardisé d’instrument en double buffet (grand orgue et positif) et 3 ou 4 plans sonores plus la pédale (positif, grand orgue, écho, récit) avec ses sonorités et ses mélanges spécifiques (grand et petit plein jeu avec cantus firmus grégorien à la trompette de pédale, grand jeu -anches et cornet-, cromorne, jeu de petite ou grosse tierce, cornet et trompette de récit et d’écho) . Les compositeurs qui peuvent ainsi y faire entendre leur génie s’appellent Titelouze, Racquet, Nivers, Le Bègue, N.de Grigny, les Couperin, Raison, Clérambault, Dandrieu, Corette, Balbastre, Séjean …

 

Rajoutons que jusqu’à la Révolution puis la Restauration, l’orgue à l’église, n’accompagne pas l’assemblée (qui d’ailleurs n’est jamais conviée à chanter) mais s’exprime en alternance avec le chantre ou la schola en paraphrasant le plain chant – hymnes et antiennes grégoriennes .

 

Il n’y a donc pas de coupure ou de « retard » entre Paris et la province tant dans les instruments touchés que dans la musique entendue. Cela n’empêche pas au contraire chaque facteur ou organiste de décliner sa griffe ou sa signature sonore dans le cadre de ce standard hexagonal.

 

Pierre Tuau, compagnon de Maillard

 

Pierre Tuau est un disciple et compagnon de Paul Maillard, facteur natif de Gisors (Normandie), actif dans la 1ère moitié du XVII°, formé à Rouen auprès de Crespin et des De Héman et qui s’est fixé à Angers. A cet atelier angevin se rattache un temps Ambroise Levasseur, picard d’origine. On note aussi la présence de Pierre Duchesne (né au Mont St-Michel) aux côtés de Maillard à la la cathédrale de St-Brieuc (actuel orgue de la Roche-Derrien ) en 1636. L’atelier rayonne alors en Normandie, à Paris, en Bretagne, en Anjou et en Poitou …

 

On a trace de l’activité de Tuau de 1622 à 1651

(travaux avec Maillard et orgues construits par lui seul*)

 

 

Anecdote :

Tuau semble avoir un nom prédestiné pour la facture d’orgue :

dans son contrat pour Bégard, il écrit « tuau » pour tuyau ! (alors qu’on trouve souvent à l’époque l’orthographe « tuiau » )

Chacun des jeux cy dessus composé scavoir les simples de quarente huict tuaux

 

Sources

  • « Notes sur le facteur TUAU« , Hervé Le Goff
  • N.Dufourcq : Le livre de l’orgue français III – 1978- éd.Picard.
  • « Le patrimoine instrumental breton du XVII° siècle », communication de M.JP Decavèle, technicien-conseil, Toulouse, dans « Actes des troisèmes journées nationales de l’orgue, St-Brieuc 28 sept-1er oct 1989 », ADDM 22.

 

Laurent Le Bot

 

 

 

Tuau : facteur à Lamballe

Le contrat qu’il passe avec l’abbaye de Bégard, le 8 avril 1648, le dit « résidant à Lamballe ». Il appartenait probablement à cette catégorie de maîtres itinérants qui s’installaient pour un temps là où le travail les occupait. Car il ne semble pas, en effet, « originaire de Lamballe ». L’examen des registres d’état-civil conservés pour les paroisses de cette ville ne permet d’y repérer ni sa naissance, ni son décès, ni son mariage avec une certaine Anne Lucas, ni même son patronyme qui n’y semble porté que par lui seul. Sa femme pourtant pourrait bien être originaire de cette ville. Le nom Lucas y est porté communément à cette époque. Pierre TUAU est témoin de baptême du fils d’un sire Jean Lucas et signe à ce titre le registre, le 19 août 1643 (par. Saint-Jean).

 

C’est cependant à Lamballe qu’ils baptisent d’abord une fille. Le 20 janvier 1644, en la paroisse de Notre-Dame est baptisée « Magdeleine fille honorables gens Pierre Tuau Me organiste (sic) en cette ville de Lamballe, et Anne Lucas sa compagne, née du quinziesme de ce mois ». Le parrain en est noble homme Urbain Guignon et la marraine Mademoiselle Magdeleine Bigrel.

 

Il est possible que leur mariage ait suivi de peu l’arrivée de Pierre Tuau à Lamballe puisque ce dernier signe aux registres paroissiaux (de Saint-Jean) pour la première fois, comme témoin de baptême, le 29 juillet 1642. Par la suite, ces registres de baptême portent très régulièrement sa signature : 27 janvier 1643, 11 et 19 août 1643, 20 septembre 1643, 20 janvier 1645, 27 mars 1645, 6 avril 1645, 4 juin 1645, 6 décembre 1645 [il signe cette fois comme parrain], 9 février 1646, 6 mai 1646, 14 juillet 1646, 14 avril 1648, 14 mai 1648, 30 décembre 1648, 17 octobre 1649.

 

Entre temps naît son fils Julien, dans des conditions sans doute difficiles puisqu’il est baptisé « à la maison », le 4 décembre 1646 (par. Saint-Jean).

 

Le 15 octobre 1659, il signe apparemment pour la dernière fois les registres de Lamballe (par. Notre-Dame et Saint-Jean).

 

Ses nombreuses participations à la vie collective de Lamballe sont le signe d’une socialisation raisonnable dans le milieu des maîtres et des sieurs, touchant parfois à la petite noblesse. Mais son unique sollicitation comme parrain est un indice probable d’une implantation locale de fraîche date.

 

On remarquera que cette intense agrégation à la vie de la cité est concentrée sur une période qui va de juillet 1642 à octobre 1659. Elle correspond sans doute à son séjour lamballais de dix-sept ans, au moins, et l’on peut postuler qu’elle concorde aussi avec une période de son activité de facteur.

 

On sait par le contrat qu’il passe à Bégar, le 8 avril 1648, pour la réalisation d’un positif, qu’il en avait préalablement passé deux autres avec ces mêmes religieux, les 17 avril et 1er décembre 1647, pour la réalisation du grand orgue dont le positif était le complément. La certification de l’ensemble lui a été accordée par les sieurs Cadio et Pélart, le 6 novembre 1649. Il aura donc travaillé à la construction de cet orgue pendant 20 mois.

 

Il s’agit maintenant de découvrir, dans la région, à quels ouvrages il a consacré le reste de son temps lors de son passage à Lamballe. Et les traces qu’il n’a pas manqué de laisser, du moins on peut l’espérer, en ses autres lieux de villégiature professionnelle.

 

 

Attestation de conformité de travaux pour l’orgue de Bégar (6 novembre 1649). Arch. dép. des Côtes d’Armor, H 103.

Nous soubzsignants les sieurs Pierre Cadio, sieur de Grichault et organiste de l’egliseCathedrale de Treguier et Martin Pelart sieur dudit lieu et organiste de Nostre Dame de Guingamp certifions avoir veu et visité une orgue de huict pied avec un positiff de quatre pied contenants vingt six jeux lesquelz nous avons trouves trouves (sic) en assertienné [assuré] et deub reparation en foy de quoy nous avons soubsignés le présent certificat pour servir audict Tuau ouvrier de la susdicte orgue. Fait à Bégar le sixiesme novembre mil six cents quarente neuf.

P. CADIO M. PELART

Hervé LE GOFF

Trois photos d’instruments de Pierre Tuau montrant une parenté dans le vocabulaire architectural :

Tréguier et Lamballe.

Style Louis XIII,tourelle centrale en proue de navire.

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