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L’orgue dans les comptes de la cathédrale de Tréguier, en 1597

Le registre des comptes

Registre des comptes de Tréguier en 1597

Le registre des comptes de la paroisse de la Rive, à Tréguier, dont relève la cathédrale (Arch. 22, G 305), apporte pour l’année 1597 quelques éléments d’informations sur les orgues de cette cathédrale, et les réparations dont elles font alors l’objet, et qui portent peut-être sur l’instrument construit en 1505, même si le délai semble long. Ces travaux s’effectuent après huit années d’une guerre civile qui a particulièrement meurtri la ville. Dans les années 1589-1590, Tréguier a été trois fois attaquée, endommagée et pillée par les ligueurs ou les Espagnols. Plusieurs dizaines de maisons y ont été brûlées. Il serait étonnant que la cathédrale s’en soit sortie totalement indemne. Etant donné qu’il ne s’agit dans le cas présent que de travaux de grosse maintenance, il semble que l’instrument a pu pour l’essentiel sortir sans trop de mal de cette épreuve, mais peut-être pas de celle du temps.

 

Ensemble des documents originaux des extraits du compte

Translittération de de texte :

Registre des comptes de Tréguier, 1597

 

Il faut ajouter à ces dépenses extraordinaires, celle ordinaire de la rétribution du souffleur : « Paie a Morice Derien pour avoir souffle aux orgues pour sept moys a raison de vingt soubz tournois par mois sept livres pour ce …… CXVI s VIII d mon. » Cela sous-entend l’existence d’un organiste qui n’est dans ce compte ni nommé, ni mentionné, ni budgétisé comme tel. Mais il doit s’agir de Morice SIMON organiste en 1599 lorsque le chapitre de Tréguier lui octroie le titre de chapelain. Dans le compte de 1597, on trouve en effet mention d’un « suppot » appelé Me (Maître ou Messire ?) SIMON rétribué pour son service, à raison de deux écus et demi par mois, 24 écus, 55 sous 6 d. t. pour l’année (soit 62 livres 2 sous 4 d. monnoie), présent toute l’année et qui ne figure pas, par ailleurs, dans la liste des prébendés. Il s’agit donc ici probablement de sa rémunération comme organiste.

“Malaise” : un ouvrier, un facteur ?

Ce compte laisse également échapper un nom, celui de MALAISE LE SELLIER dont « le garçon » (l’ouvrier) a « travaillé aux orgues ». Il pourrait bien s’agir ici du nom d’un facteur, non attesté par ailleurs. Ce même compte enregistre aussi dans les recettes  « soixante six sous et huit deniers monnoye receu d’avecq Malaise Sellier […] pour la ferme de la bouticque a costé du grand portail de ladite eglise [cathédrale] devers l’eveché ». Il s’agit d’une de ces boutiques permanentes louées par la fabrique à des commerçants sédentaires, par opposition aux locations de boutiques, sorte de droit de place perçu pas la fabrique sur les commerces temporaires lors des foires durant les grands pardons. Cela voudrait alors dire que ce facteur – s’il s’avère l’être – avait pignon sur rue à Tréguier.

Le montant des travaux effectués se monte à 35 livres monnoie pour une charge totale se montant à 781 livres. Malgré les difficultés du temps, ils ne grevaient pas le budget de la fabrique qui reçoit cette année-là, en aumônes seulement, 304 livres. La paix revenue (en mars 1598), les recettes de la fabrique retrouvent rapidement et même dépassent leur niveau d’avant la guerre. La fréquentation religieuse du site, en particulier lors des grands pardons à Saint-Yves et Saint-Tugdual, et autres fêtes liturgiques, est à son apogée dans les trente premières années du XVIIe. Elle entraîne le succès des foires reliées à ces manifestations. L’orgue neuf commandé à Vaignon en 1630-1632, qui marque la fin de l’instrument concerné par notre compte de 1595, est la résultante de cette économie devenue florissante.

Hervé LE GOFF

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